dimanche 4 décembre 2005
Strasbourg, capitale de Noël
STRASBOURG (AFP) - La ville de Strasbourg a donné samedi (26 novembre) le coup d'envoi de son traditionnel "Christkindelsmaerik" (marché de l'enfant Jésus), l'un des plus connus en France, visité chaque année par un million de personnes.
En gros, c'est reparti pour un tour...
Tous
les mois de décembre, depuis que la municipalité, non sans fatuité, s'est
autoproclamée "Capitale de Noël", le centre historique de Strasbourg est
le théâtre du manège immuable d'une véritable hystérie de Noël.
Chers
visiteurs potentiels, je vous le dis comme je le pense : le marché de Noël
strasbourgeois, c'est une arnaque, une vaste fumisterie. Pire encore : c’est
l’équarrissage des Noëls d’antan sur l’autel du fric.
Pour la plupart
d’entre vous qui tenteront l’aventure cette année, tout commencera un samedi
ou un dimanche, à 4 heures du matin, dans la nuit noire et glaciale d'un
parking, loin de l'Alsace. Quelques heures de car plus tard, vous voilà débarqués
sur un autre parking, à deux bons kilomètres du centre de Strasbourg. Deux
kilomètres que vous effectuerez empilés avec vos co-voyageurs dans un tramway
plein jusqu’à la gueule. Mais ensuite, la «féerie de Noël» commence.
La
féerie en question consiste à se taper grosso modo 6 kilomètres à pieds,
à une vitesse moyenne de 2 km/h, avec un congénère qui vous écorche les talons
par derrière et un semblable qui vous piétine les orteils par devant. Tenez-vous-le
pour dit : pendant le marché de Noël, la féerie a des effluves d'homo sapiens
pas très frais.
Car il faut savoir, chers
visiteurs potentiels, que le centre historique de Strasbourg n’est pas grand.
Et qu’il n’est pas davantage extensible. Partant de là, il semble évident
qu’à force de lui injecter des grappes d’humains, on finit par le saturer.
Cette observation de bon sens, à la portée d’un enfant de huit ans, échappe
manifestement à notre municipalité, plus soucieuse de faire du chiffre que
d’offrir une attraction de qualité. L’argent n’a pas d’odeur, mais un parfum
suffisamment entêtant pour faire perdre le sens des réalités à nos soi-disant
responsables.
C’est
donc en rangs serrés, au mépris de toute sécurité en cas de panique, que
vous défilerez à la queue leu leu entre les stands. Vous y trouverez tout
ce que le cœur d’un gogo peut désirer : vin chaud, bonnets clignotants, cathédrales
en porte-clef, bretzels géants, pains d’épices, crêpes surfines, merguez
de Noël, artisanat bidon, et cetera… Le tout à des prix suffisamment exorbitants
pour vous donner l’impression de ne pas avoir acheté de la daube. Pourtant,
c’en est. Le retour en car sera musical : je ne vous raconte pas l’effet
du graillon bon marché sur un estomac et des intestins frigorifiés.
Tout
cela fait du marché de Noël de Strasbourg un événement comme il y en a beaucoup
: une réjouissance populaire polluée par le commerce et par tout son cortège
de vulgarités.
Rien de bien nouveau, me direz-vous. Et pourtant si. Car le
marché de Noël strasbourgeois va plus loin. Depuis quelques années, l’opération
est placée sous « le sens du partage ». Il fallait oser. Et pour la peine,
chers visiteurs potentiels, vous boufferez du partage à toutes les sauces
: partage de l’hospitalité, partage des traditions, partage du cœur, partage
de l’émotion, partage de l’imaginaire (je n'invente rien, tout est -->
là). Bref, tout ce qui peut se partager se partage, sauf les millions d’euros générés par l’opération.
C’est
en ce sens que le marché de Noël de Strasbourg va plus loin : non seulement
la fête a été spoliée de son sens, mais le sens de la fête sert désormais
de levier à l’escroquerie, en la justifiant.
Le marché de Noël à Strasbourg,
c’est l’authenticité de Noël dépecée avec un cynisme magistral. C'est la
plus abominable des prostitutions : celle du cœur.
***
A part ça,
chers visiteurs potentiels, Strasbourg est une ville superbe et accueillante
qui vaut la peine d'une visite. Et en strasbourgeois amoureux de sa ville,
je vous invite à y venir nombreux.
Je vous suggère le mois d'octobre.
Allez boire une bière à la terrasse du Café Atlantico, dans la lumière dorée
d'une fin d'après-midi, à l'heure où le soleil qui décline fait scintiller
les eaux de l'Ill et flamboyer le grès rose de la cathédrale.
Ou encore
le mois d'avril, quand les marronniers sont en fleurs et que les premiers
jours de beau temps éveillent le pavé à la vie après les avanies de l'hiver.
Le quartier de la Krutenau ressemble alors à un tableau de Monet, animé par
le murmure des terrasses qui bourgeonnent et les éclats de rire des jeunes filles
en t-shirt.
Commentaires
Olé !
Bon... merci pour le conseil.
On va plutôt aller dans le désert, alors.
Le désert, capitale de nos nerfs ?
Tout juste, on s'y croirait. Voilà plusieurs années que je n'y ai mis les pieds, ça doit remonter aux premières apparitions de bonnets rouges clignotants sur les têtes des touristes, mais la déscription est si exacte que j'en sentirais presque un coup de poussette dans les tibias...
bien dit !
En effet tout est escroquerie dans cette opération, mais je ne me l'étais jamais formulé avec autant de brio ! Quant aux filles et à leurs tee shirts, les flaneries aux bords de l'ill restent parmi les occupations les plus galvanisantes qui soit au printemps. C est vrai. Salut à toi donc frère de joies et de misères ! C.
...Vous traduisez avec brio le sentiment de bien de Strasbougeois... mais dans tout ça que represente Noel pour vous???
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