mercredi 25 janvier 2006
Serge Reggiani

Navigateur intrépide et théâtral
qui affronta gros temps et vents contraires,
perché avec élégance sur le fil d'une voix aux accents lyriques.
"... je rentre un peu tard, je sais..."
mardi 24 janvier 2006
La ballades des pendus
Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les coeurs contre nous endurciz,
Car, ce pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez ci, attachés cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéca devorée et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie:
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre !
Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir desdain, quoy que fusmes occiz
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas le sens rassiz;
Excusez nous, puis que sommes transsis,
Envers le filz de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale fouldre
Nous sommes mors, ame ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !
La pluye nous a débuez et lavez,
Et le soleil desséchez et noirciz:
Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez
Et arraché la barbe et les sourciz.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis ca, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie,
Plus becquetez d'oiseaulx que dez à couldre.
Ne soyez donc de nostre confrarie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !
Prince Jhésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie:
A luy n'avons que faire ne que souldre.
Hommes, icy n'a point de mocquerie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !
mardi 17 janvier 2006
Le décodeur de la créativité
Allan Snyder (cravate et casquette) est neurobiologiste à l'université de Sydney. Sa thèse (controversée) : il est possible de stimuler le cerveau humain de manière ciblée par le biais d'impulsions magnétiques.
Une bonne part des travaux d'Allan Snyder s'intéresse à la stimulation de la créativité. En neutralisant magnétiquement certaines zones de la mémoire, il amène ses cobayes à une perception plus objective, débarrassée des conventions et des stéréotypes sous l'emprise desquels nous fonctionnons habituellement.
Avant d'en arriver là, Allan Snyder s'est intéressé aux autistes de haut niveau. Il s'agit en l'occurrence d'autistes capables de prouesses cérébrales prodigieuses (comme Rain Man, en quelque sorte) et de moments de créativité stupéfiants. Allan Snyder s'est interrogé sur le pourquoi du comment de ces capacités quasi surnaturelles. Son idée est que les autistes de haut niveau voient le monde tel qu'il est et non pas, comme nous, à travers le prisme de nos expériences passées. En gros, chez les autistes, le système de filtrage, qui permet au cerveau lambda de distinguer l'important de l'accessoire, est défaillant. Et pour Allan Snyder, c'est cette défaillance qui est la clef d'une créativité hors norme.
Une théorie intéressante et, somme toute, assez créative.
"La créativité est un acte de rébellion. Il faut être subversif pour aller à l'encontre des règles établies et des conventions. Si tout le monde accepte ce que vous faites, c'est que vous n'êtes pas à l'avant-garde, mais dans la pensée commune. Si tout le monde accepte ce que je fais, c'est que je me suis trompé de combat. Et dans ce cas, autant aller à la plage..."
( Allan Snyder)
samedi 14 janvier 2006
Le dernier des romantiques
Joueur d'échecs brillantissime et professeur de mathématiques (il faut bien vivre), Adolf Anderssen est méconnu du grand public. C'est pourtant un joueur au style généreux et attachant, représentatif d'un autre âge, celui où le jeu d'échecs de haut niveau était pratiqué par des amateurs passionnés et inspirés.
Par les amoureux des échecs, Adolf Anderssen est considéré comme l'un des maîtres de ce qu'on appelle aujourd'hui "l'école romantique", une vision du jeu d'échecs où se mêlent créativité, beauté du geste et panache. Toute une époque, en somme.
Aujourd'hui, la plupart des principes de l'école romantique sont évidemment obsolètes. Réfutés par les échecs modernes, scientifiques et professionnels, ils font figure de carte postale jaunie qu'on regarde avec un sourire un peu navré.
D'une époque révolue, voici donc les salutations d'Adolf Anderssen. Sa partie dite "Immortelle", jouée à Londres en 1851.
(Cliquez sur l'échiquier pour voir la partie)
Blancs: Adolf Anderssen
Noirs: Lionel Kieseritzky
Gambit du roi
1. e4 e5 2. f4 exf4 3. Fc4 Dh4+ 4. Rf1 b5 5. Fxb5 Cf6 6. Cf3 Dh6 7. d3 Ch5 8. Ch4 Dg5 9. Cf5 c6 10. g4 Cf6 11. Tg1 cxb5 12. h4 Dg6 13. h5 Dg5 14. Df3 Cg8 15. Fxf4 Df6 16. Cc3 Fc5 17. Cd5 Dxb2 18. Fd6 Fxg1 19. e5 Dxa1+ 20. Re2 Ca6 21. Cxg7+ Rd8 22. Df6+ Cxf6 23. Fe7# 1-0
mardi 10 janvier 2006
L'heure exquise
La lune blanche
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée ...
Ô bien-aimée.
L'étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure ...
Rêvons, c'est l'heure.
Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l'astre irise ...
C'est l'heure exquise.
(Paul Verlaine)
mardi 3 janvier 2006
Pleurer sa mère
Pleurer sa mère, c'est
pleurer son enfance. L'homme veut son enfance, veut la ravoir, et s'il aime
davantage sa mère à mesure qu'il avance en âge, c'est parce que sa mère, c'est
son enfance.
J'ai été un enfant, je ne le suis plus et je n'en reviens pas.
Albert Cohen
Born to be Wilde
Les gens ont la rage de nous
donner ce dont ils ont eux-mêmes le plus besoin. C'est ce que j'appellerai
l'insondable abîme de la générosité.
Oscar Wilde








